Gravier, stabilisé, terre : lire vraiment les revêtements
Le « chemin blanc » ferme et rapide que cherche un
gravel n'est pas tagué gravel dans OpenStreetMap.
Il est tagué compacted. Le tag gravel,
lui, désigne du granulat meuble qui roule sous la roue — un terrain
classé plus difficile que la terre. C'est une confusion à l'origine de
beaucoup de mauvaises surprises de parcours.
Le piège du mot « gravel »
En français, « gravel » évoque le vélo, et par extension le chemin sur
lequel on le pratique : une piste damée, blanche, roulante. En
OpenStreetMap, surface=gravel veut dire autre chose — des
cailloux non liés, qui se dérobent. Une piste forestière fraîchement
empierrée, pas un chemin de halage.
L'échelle de difficulté utilisée pour le recalage des traces range les revêtements ainsi, du plus roulant au plus difficile :
paved_smooth → paved →
paved_rough → compacted → dirt →
gravel → path
Notez la position de gravel : après
dirt. Le granulat meuble est considéré comme plus
pénible que la terre battue — et quiconque a poussé son vélo dans dix
centimètres de cailloux fraîchement répandus sait que c'est justifié.
Les quatre familles qui comptent
La cinquantaine de valeurs possibles du tag surface se
ramène utilement à quatre familles, plus une pour l'inconnu :
| Famille | Ce que c'est | Tags OSM typiques | À sec | Mouillé |
|---|---|---|---|---|
| Route, revêtu | Bitume, béton, pavé lisse | asphalt, concrete, paved | Excellent | Bon, un peu glissant |
| Chemin stabilisé | Le « chemin blanc », damé et ferme | compacted, fine_gravel | Très bon | Correct à difficile |
| Gravier meuble | Granulat non lié, qui roule | gravel, pebblestone | Moyen | Moyen — il draine |
| Terre, sentier | Terre battue, single, herbe | dirt, ground, grass, mud | Excellent | Impraticable |
| Inconnu | Aucun tag renseigné | — | Traité prudemment, entre stabilisé et terre | |
Le renversement qui surprend
Regardez les deux dernières colonnes. La terre est excellente à sec — souvent meilleure que le gravier, plus douce et plus rapide — et catastrophique mouillée : sa résistance au roulement est alors multipliée par quatre. Ce n'est pas une impression de jambes, c'est une réalité mécanique.
Le gravier fait l'inverse : moyen par tous les temps. Il ne brille jamais, il ne s'effondre jamais. Il draine vite, donc il est le premier sec après une averse — et le plus sûr par temps de gel, sa rugosité restant exploitable quand le bitume devient une patinoire.
Conséquence pratique : un même parcours peut être excellent en juillet et impraticable en novembre, sans qu'un seul mètre de tracé ait changé. Le revêtement seul ne dit rien ; c'est le couple revêtement + météo récente qui décide. Voir combien de temps un chemin met à sécher.
D'où vient la donnée, et ce qu'elle vaut
Ces informations viennent d'OpenStreetMap, c'est-à-dire de contributeurs bénévoles. Deux conséquences à garder en tête.
La couverture est inégale. Un chemin sans tag
surface n'est pas un chemin sans revêtement : c'est un chemin
que personne n'a encore renseigné. Selon les régions, la part de tronçons
documentés varie énormément. Un parcours affichant beaucoup d'« inconnu »
dit surtout qu'il traverse une zone peu cartographiée.
La donnée vieillit. Un chemin empierré l'an dernier
peut être encore tagué dirt. Un chemin goudronné depuis peut
rester compacted. Rien ne remplace une photo récente ou un
passage sur place.
Bonne nouvelle : c'est corrigeable. OpenStreetMap se modifie, et
ajouter un tag surface sur un chemin que vous venez de
parcourir prend deux minutes. C'est la contribution la plus utile qu'un
cycliste puisse faire à la carte — et elle profite ensuite à tous les
outils qui la lisent, celui-ci compris.
Comment un GPX est raccroché à la carte
Un fichier GPX ne contient que des coordonnées : aucune information de revêtement. Pour savoir sur quoi vous roulez, il faut d'abord identifier les chemins empruntés — c'est ce qu'on appelle le recalage, ou map-matching.
La trace est ramenée à un point tous les 20 mètres environ — en dessous, on n'y gagne aucune précision, on ne fait qu'alourdir la requête. Chaque tronçon reconnu porte alors son propre revêtement, et le parcours se lit kilomètre par kilomètre plutôt qu'en un pourcentage global.
Deux limites honnêtes : une trace GPS imprécise peut s'accrocher à un chemin voisin, et un chemin absent d'OpenStreetMap ne peut être reconnu par personne. Dans le doute, la portion est classée « inconnu » plutôt que devinée.
Ce qu'il faut retenir
- Cherchez
compacted, pasgravel: c'est le chemin blanc roulant. gravelest plus difficile quedirt— l'inverse de ce que le mot suggère en français.- La terre est un pari sur la météo : excellente sèche, impraticable détrempée.
- « Inconnu » n'est pas « mauvais », c'est « non renseigné ». Souvent, c'est une invitation à contribuer.
Et votre parcours, il est fait de quoi ? Chargez votre trace GPX : Bulletin recale le tracé sur OpenStreetMap et colorie chaque kilomètre selon son revêtement réel, puis croise avec la météo des jours précédents.
Gratuit, sans compte. Tester sur ma trace